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Comment montrer l'indescriptible?



La déportation ne s'illustre pas. Et pourtant c'est à travers des images et des récits que la voient ceux qui n'ont pas connu ses souffrances. La sortie du film de Steven Spielberg «La Liste de Schindler», l'année dernière, a relancé le débat sur la légitimité de créer une fiction à partir d'une telle réalité. Mais chacun a en tête des photos, des films qui construisent des représentations des camps. Alors, de la même manière que nous commençons à nous interroger sur les images télévisées depuis que nous nous sommes aperçus, après Timisoara et la guerre du Golfe, qu'elles n'étaient qu'une interprétation du réel, les documents sur le système concentrationnaire nazi ne doivent pas être reçus «en vrac», de façon indifférenciée. Il importe de connaître les conditions de leur création.

Il ne faut, en effet, pas demander à une image plus que ce qu'elle peut offrir. Elle reste un reflet. Un reflet choisi, construit. Et il n'y a pas à s'étonner que les services de propagande des armées alliées aient diffusé des photographies posées, retouchées, des camps qu'ils découvraient. La libération de Paris, par exemple, ou l'activité des maquis sont souvent illustrées par des images obtenues après coup, dans lesquelles les résistants simulent les combats auxquels ils viennent de participer. Dans ces conditions, nous ne pouvons plus nous en tenir à une «consommation» naïve des documents. Peu de pièces d'origine peuvent être regardées comme la transcription exacte d'un moment de l'Histoire.

De quelles images disposons-nous? De photos, tout d'abord. Le règlement des camps les interdit, parce que, à une époque où la propagande a une importance primordiale, on peut commettre des crimes, mais il ne faut pas en diffuser de représentations: ce qui n'est pas représenté n'existe pas. La leçon de la Première Guerre mondiale a été retenue: les Allemands perdirent la bataille de l'opinion publique internationale en partie à cause des nombreuses illustrations qui furent publiées - dès 1914 - sur les «atrocités allemandes». Aussi les images qui nous restent de la déportation sont-elles des photos d'amateurs: celles que prirent les SS eux-mêmes et celles que purent réaliser clandestinement des déportés avec des appareils de fortune. Elles donnent une vision morcelée du réel, sans intégrer les brimades, les souffrances au quotidien, l'extermination. Elles rappellent, tout de même, la diversité des situations selon les camps et les périodes d'existence d'un même camp. Parfois, néanmoins - très rarement - ces vues volées font surgir des scènes cauchemardesques de corps nus, tondus, humiliés, marchant vers la mort.

Dessiner est également interdit. Pourtant, certains déportés, artistes ou non, font clandestinement des croquis de leur univers. Ils subtilisent des bouts de crayon et des bordereaux ou des cibles de tir en guise de papier. Ces dessins furtifs et sans légende décrivent les «petits moments» de la mort lente, les repas, les corvées. Ils croquent les camarades, manière de redonner une présence, une identité à ceux qui étaient niés en tant qu'individus, dépersonnalisés, annulés par un matricule, retirés du monde (Violette Lecoq à Ravensbrück, Paul Goyard ou Boris Taslitzky à Buchenwald, Xawery Dunikowski à Auschwitz). Ces dessins ne condamnent pas. Ils décrivent l'attente, l'angoisse, le quotidien. Et puis, comme dans les tranchées en 1914-1918 ou dans les camps de prisonniers, des objets sont confectionnés, pipes, bracelets, sacs, napperons. A Ravensbrück, des déportés remplissent des carnets de recettes de cuisine, pour ne pas oublier.

La libération des camps change la perspective. Dans un temps de paroxysme, sous l'empire de la malnutrition, des épidémies, des marches forcées pour évacuer les sites abandonnés par des troupes allemandes en retraite, elle suscite des descriptions d'horreur. Les déportés dessinent les charniers qu'ils ont sous les yeux, les corps exsangues de leurs camarades, les agonies (Zoran Music, par exemple, dont une exposition rétrospective s'ouvre ce mois-ci au Grand Palais). C'est aussi ce type de photos, ces films que diffusent les services américains et britanniques. Ces images stigmatisent alors les crimes de guerre. Ce sont elles qui nous restent.

Puis vient le retour des survivants. Les déportés réagissent de deux manières: le silence ou le besoin impérieux de témoigner. Certains conservent pour eux - jusqu'à nos jours d'ailleurs - la plaie indélébile, intransmissible. D'autres veulent raconter, dénoncer. De très nombreux albums paraissent ainsi à travers le monde, entre 1945 et 1947, mêlant parfois les dessins réalisés clandestinement et ceux qui ont été reconstitués de mémoire. Les récits illustrés n'insistent plus sur l'attente, mais cherchent à multiplier les preuves de l'horreur, à montrer à ceux qui ne l'ont pas connu le caractère terrible du système. Les dessins accumulent donc dans une même situation les symboles accusateurs, et le besoin d'expliquer suscite des légendes abondantes. Des artistes - déportés ou non - adaptent alors, et ce jusqu'à nos jours, ces dénonciations à leur style propre. Picasso réalise de février à mai 1945 «Le Charnier», qui reprend le noir et blanc de «Guernica». Puis les monuments commémoratifs, sur les lieux mêmes de la déportation ou ailleurs, suivent eux aussi les tendances plastiques du temps, de l'allégorie à l'abstraction, ou au conceptuel de nos jours, avec, par exemple, un Jochen Gerz plaçant à Sarrebruck des noms de déportés sous les pavés menant au château-musée.

De même qu'il n'y a pas réellement de photos de la déportation (hormis les quelques vues dérobées citées plus haut), il n'existe pas véritablement d' «art» de la déportation. Comment en serait-il autrement? Des témoignages apparaissent. Des artistes traitent du système concentrationnaire (Maryan S. Maryan, Karel Appel ou Constant, du mouvement Cobra, George Segal), en lui donnant une place plus ou moins importante dans leur oeuvre, selon des formes qui s'apparentent aussi, dans certains cas, à ce que les pacifistes avaient réalisé après le premier conflit mondial.

Pourtant, nous ne pouvons ignorer aujourd'hui le contrecoup traumatique d'après 1945, celui qui est né avec l'ouverture des camps et l'explosion de la bombe atomique au Japon. L'angoisse existentielle, le théâtre de l'absurde conduisent un peintre comme le Britannique Francis Bacon à réaliser un triptyque de la Crucifixion dès 1944, ou Alberto Giacometti à créer, dans les années 50, ses personnages filiformes et carbonisés. Puis répondent aux dessins clandestins des camps, du silence, de l'attente, de la dépersonnalisation les oeuvres des dessinateurs de l'humour noir qui, à la suite de Saul Steinberg, tels Mose, André François, Chaval, Bosc, désespèrent d'un monde incompréhensible.

Gervereau LAURENT
L'Express.fr 06/04/1995



La última expresión: El Arte y Auschwitz


Es paradójicamente doloroso reconocer el hecho de que existan supervivientes de los campos de concentración que aún viven y trabajan como artistas. Su existencia es un recordatorio de que las atrocidades producidas en Buchenwald, Gurs, Drancy y Theresienstadt, entre otros lugares a los que alude la exposición, no pertenecen a un pasado remoto, ni pueden catalogarse y archivarse olvidados en la historia. Por éste motivo, el comisario de la muestra, David Mickenberg presentó la exposición utilizando un dibujo de Józef Szajna, artista que sigue trabajando en Varsovia. Szajna es muy conocido en Polonia por su trabajo en el teatro y es uno de los prisioneros que logró aprovechar su don artístico para sobrevivir. Szajna comentó: si, tuve la suerte de que un soldado de las SS que era jefe de cocina, supiera que dibujaba. A partir de entonces, mientras siguiera pintando siempre recibiría un plato de sopa...

Esta exposición compuesta por más de doscientas obras, la más completa e inteligente colección sobre el arte en campos de concentración presentada hasta la fecha, comprende obras que varían desde el punto de vista de su calidad, desde las más ingenuas e incluso kitsch, hasta las altamente sofisticadas; obras que fueron mandadas realizar y otras que se dibujaron clandestinamente en trocitos de escaso papel. Podemos apreciar muchos retratos que subrayan la importancia de preservar al individuo de la masa de los humillados, y también, constan excelentes ilustraciones de acuarela en formato de carta realizadas por prisioneros (nunca judíos) a los que les era permitido escribir a sus familias. Estas son de las más desgarradores; nos recuerdan que los prisioneros, a pesar de las espantosas condiciones de vida, albergaban el anhelo por la belleza, lo cual ningún experto de estética, ni siquiera Kant, ha podido explicar.

Lo que distingue a esta exposición de otras, no es únicamente su contexto, sino también su enfoque lúcido y carente de sentimentalismos sobre las cuestiones que plantea.
Desde un punto de vista histórico, por un lado desprende ecos de movimientos de post-guerra, y por otro, el reflejo, provinciano pero típico, de los valores admirados por los mismos nazis, románticos recuerdos de paisajes, acogedoras reuniones familiares y escenas militares de acontecimientos gloriosos del pasado. Recoge dibujos de artistas jóvenes que apenas acababan de empezar sus estudios artísticos y cuyas muertes en los hornos deberemos lamentar como pérdidas incalificables para nuestra propia cultura. Igualmente, comprende muchas obras realizadas por artistas bajo mandato de jefes de la SS qué aún eran sensibles a la cultura.

De hecho, los conservadores que han reunido estas obras, ofrecen diferentes planteamientos sobre la historia, Se han documentado escrupulosamente y las han clasificado de acuerdo con su desarrollo dentro del conjunto de la historia transcurrida durante los años de la guerra.

La exposición está acompañada por una publicación de doscientas sesenta y nueve páginas, con ensayos de notables historiadores, excelentes reproducciones de las obras de los prisioneros y una gran cantidad de información acerca de la proveniencia de unas obras recientemente estudiadas.
Encontramos una cita en la que Himmler ordena a los encargados del campo de concentración hacer trabajar hasta la muerte a los prisioneros, y además hace una terrible alusión a lo que él consideraba su logro primordial esta página que no habrá de ser nunca escrita. Ahora esa página está siendo escrita, pero no para la gloria de Himmler.

Dore ASHTON

— masdearte



Three artists of Auschwitz recall the years of horror


Józef Szajna drew pictures of his friends because it was the only way they could see what they looked like.

As a prisoner at Auschwitz and Buchenwald concentration camps he was forbidden to have or use a mirror, he told an audience of more than 200 at Wellesley College this past Tuesday. Drawing was the only way he and his friends could see how thin they had become.

"We didn’t know our own faces," the broad-shouldered Pole told the crowd through an interpreter. He paced back and forth, emphasizing his emotions with his hands.

At a panel called "Artists of Auschwitz," held in conjunction with "The Last Expression: Art and Auschwitz," exhibit at the college’s Davis Museum, Szajna and two other Holocaust survivors spoke of the art they created while imprisoned by Nazis. The talk drew so many people that it had to be moved from the college’s 168-capacity Collins Cinema to a larger auditorium.

Half of the art from the exhibit was actually produced at Auschwitz - either clandestinely or on command, while the rest was created by artists during the war at other camps throughout Europe. Because Jewish prisoners frequently did not live long enough at Auschwitz to create art, the vast majority of the Jewish work in the exhibition (with the exception of three artists) was created prior to their arrival at the concentration camp.

Moderator Yehudit Shendar explained how many of the artists could not commit their work to any medium while imprisoned, that they would often draw on the backs of work assignments.

"An artist remains an artist even when he can’t put things down on paper. He can think about art, he can imagine art, and the first moment that he gets the opportunity he produces art," she said.

Yehuda Bacon, one of the few Jewish artists represented in the exhibition, committed more art to paper about Auschwitz after his liberation in 1945. Deported to his first camp in his early teens, he spoke on Tuesday about the drawings he did while in Theresienstadt, the ghetto for Jewish deportees en route to killing centers in the East, and the streak of documentary drawings he produced after his time at Auschwitz.

His drawings during camp were of safe subjects like Eskimos and gypsies, but even these were done in secret. His drawings of the Auschwitz-Birkenau crematoria numbers 2, 3 and 4, disrobing room, and gas chambers, which he drew after Auschwitz, were entered into evidence at the Adolf Eichmann trial as prosecution exhibits T1318-1325.

Bacon said art has helped him process the Holocaust into a lesson for others.

"I thought in my naïve belief that if I could show them the sorrow, then people would change for the better," he said. "I thought that something had to be done with this experience and I tried the best I could to draw my memoirs and also as a teacher to educate and to tell this story in the hope that maybe somebody will learn from it in a positive way and we will be better human beings."

Max Garcia was a diamond polisher before he was captured in 1943 and taken to Auschwitz. Garcia told Tuesday’s audience that he realized that a diamond polisher in Auschwitz was "not one of the favored professions," so he wrote on his entrance form that he was a carpenter, a profession in which he had no training.

"While I’m in here, I thought I might as well learn a trade," he said.

While not a visual artist, Garcia became a performer at an Auschwitz cabaret as master of ceremonies. Geared towards entertaining the SS, Hitler’s elite police, Garcia quickly learned how to gain the favor of the officers.

"I began to learn German as if my life depended on it, which it did," he said. "because if you could speak German, you were less likely to have beatings, and if you had less beatings your chances of survival were greater, so everything was geared towards survival."

A cabaret at Auschwitz?

Shendar pointed out how that might seem odd to us now.

"Can you believe that in that other planet named Auschwitz there was a museum? Can you believe that in that other planet named Auschwitz there was a workshop where artists produced art on command," she asked.

Davis Museum Director David Mickenberg, curator of the exhibition was also a moderator of the panel. He said through some of this art we are able to understand the complexity of the atrocities these people witnessed.

"Their experiences and perspectives present Auschwitz as a multi-faceted reality in the face of horror," he said.

Szajna’s work "Our Biographies" is an abstract piece depicting anonymous rows of prisoners. Their bodies drawn in pencil with thumbprints for faces, it has become the logo for the exhibition. He said the work was both a documentation of the loss of identity and a chance for his own immortality.

Pat HEALY

— pathealyarchive